Environnement et Stratégie
Réussir la transition environnementale

Eolien, un changement de paradigme nécessaire pour atteindre les objectifs de la PPE

L’actualité sur l’éolien a été dense depuis septembre dernier (colloque national les 19 & 20 septembre, création d’un groupe de travail élargi sur l’éolien [1], …) et les annonces nombreuses (avec notamment le discours du ministre de la Transition Ecologique lors des Assises de la Mer au Havre le 22 novembre 2017).

Toutefois, les perspectives optimistes sur le développement de la filière ne doivent pas conduire à sous-estimer les obstacles persistants à son développement. A l’occasion de l’étude sur le développement de la filière éolienne française qu’I Care & Consult a réalisé pour l’ADEME, nous livrons ici quelques éléments de réflexion sur les défis de la France et de la filière.

Quels défis la France doit-elle relever en matière d’éolien ?

40% de production d’électricité à base de sources renouvelables à horizon 2030 : c’est l’objectif que s’est fixé la France au travers de sa loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015 (LTECV).

L’atteinte de cet objectif passe par le développement accéléré des différentes filières renouvelables à fort gisement (éolien, photovoltaïque, bioénergie, énergie marine), dont les trajectoires de déploiement sont encadrées par la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) parue en octobre 2016. Pour l’éolien terrestre, cela se traduit par une hausse nécessaire du rythme annuel d’installation, pour arriver à une mise en service nette de 1400 à 2200 MW par an entre 2017 et 2023 (selon les scénarios bas ou haut), contre 1150 MW/an en moyenne sur les trois dernières années.

L’écart à combler par l’éolien est donc important, d’autant plus que si l’on regarde l’historique de l’éolien en France, on constate que les objectifs fixés dans le passé n’ont jamais été atteints. En cause, le fait qu’un certain nombre de difficultés n’avaient pas été suffisamment anticipées lors de la mise en place du dispositif de soutien et lors de la fixation des objectifs : durée de développement des projets, aménagement du réseau électrique, cohabitation avec l’observation radar, difficultés d’intégration locale.

Comparaison historique entre les objectifs annuels d’éolien installé et le réalisé (Source : Etude ADEME BiPS Eolien)

Dans l’état actuel : ce quasi-doublement de la puissance installée en éolien constitue un véritable challenge, et pourtant, c’est le minimum à faire si la France veut atteindre ses objectifs d’énergies renouvelables à horizon 2030.

Pourquoi la France doit-elle relever ce défi ?

L’objectif n’est pas de développer du renouvelable pour suivre une mode ou simplement pour respecter les lignes directrices de l’Union Européenne, mais bien de tendre vers un système électrique plus soutenable, tant écologiquement que socialement, et l’éolien présente de nombreux atouts en ce sens [2] :

  • Une réduction de la pollution atmosphérique grâce au remplacement partiel d’énergies fossiles par de l’éolien dans la production d’électricité (en 2013 : réduction de l’ordre de 22% à 37% du total des émissions de SO2 et NOx du secteur de production d’électricité). Pour 2013, les bénéfices associés à cette réduction sont estimés entre 320 et 1 280 M€ (selon la méthodologie [2]).
  • Une réduction des émissions de gaz à effet-de-serre (GES) qui avoisine 10 MtCO2éq en 2014 (9 MtCO2éq en 2013) représentant près de 22% des émissions du secteur de production d’électricité et de chauffage urbain. Pour 2013, les bénéfices associés à cette réduction sont estimés autour de 340-400 M€.
  • Une redynamisation rurale et une redistribution plus équitable des revenus de l’énergie, grâce à :
    • une production éolienne, par nature plus décentralisée que les énergies conventionnelles, apportant des revenus aux territoires de façon beaucoup plus distribuée.
    • une fiscalité de l’ordre de 10 k€ et 12 k€ par MW éolien installé, répartie entre commune d’implantation, intercommunalité, département et région. Cette fiscalité représente des revenus non négligeables pour les communes d’implantation (10% du budget total en moyenne) et permettent de développer de nouveaux projets sociaux-environnementaux.
    • des emplois locaux liés notamment aux activités d’exploitation / maintenance. Et une manne importante d’emplois à la maille nationale (18 000 équivalents-temps-plein directs et indirects en 2015).
  • Une meilleure appropriation des enjeux énergie-climat par les populations et les collectivités locales. Du fait de la nature de ces projets décentralisés et de plus petite taille, le co-développement, le financement participatif et les visites de site sont plus facilement mis en place qu’avec les énergies conventionnelles.

Quels sont les obstacles principaux à l’atteinte de ces objectifs ?

Les obstacles du passé restent encore malheureusement d’actualité (en partie tout du moins), notamment :

  • Les temps de développement des projets éoliens terrestres et en mer sont encore trop longs (7-8 ans en moyenne), à cause notamment des nombreux recours déposés, parfois systématiques et multiples sur un même projet ;
  • Les problématiques d’accès au foncier pour de nouveaux projets éoliens s’accumulent. Les développeurs de projets ont de plus en plus de difficultés à trouver des terres d’accueil favorables à l’éolien, dû notamment à une saturation progressive des zones les mieux ventées dans un contexte où les oppositions locales (collectivités, populations) et les conflits d’usage (avec l’observation radar et les vols basse altitude notamment) restent intenses.
  • Les problématiques d’aménagement du réseau électrique persistent, avec des délais parfois importants pour le raccordement des projets et la mise à jour des schémas régionaux de raccordement (S3REnR).

Une rationalisation du cadre réglementaire et une clarification du dispositif de soutien à la filière ont été menées récemment ou sont encore en cours :

  • Via notamment un meilleur contrôle des délais de développement (autorisation environnementale, plafonnement du délai de raccordement et procédure d’indemnisation, …), un renforcement de la cohabitation radar (dialogue continue avec la Défense et Météo France, et développement d’outils d’impact) ou encore une plus forte intégration locale (critère de participation citoyenne dans les appels d’offres) ;
  • Via une plus grande visibilité sur le dispositif de soutien, notamment à travers la mise en place d’un planning d’appels d’offres pour l’éolien terrestre ;
  • Ou encore au travers du projet de loi « pour un État au service d’une société de confiance » présenté le 27 novembre dernier en conseil des ministres, qui prévoit de simplifier par ordonnances l’implantation d’éoliennes offshore ainsi que l’élaboration et la révision des schémas régionaux de raccordement des renouvelables.

Mais le défi reste présent car, parallèlement aux évolutions réglementaires, le nombre de parcs installés grandit, renforçant les contraintes locales. Le levier réglementaire ne peut plus à lui seul apporter les solutions permettant de garantir l’atteinte des objectifs. Le développement de l’éolien doit se faire dans le respect des autres enjeux de société (santé, défense, environnement, …), mais les encore trop nombreux obstacles ralentissent la transition énergétique qui est elle aussi indispensable.

De la nécessité en France de changer de paradigme  sur l’éolien…

L’éolien peur et doit désormais être vu et compris par les populations locales et par les décideurs publics comme un vecteur indispensable de la transition énergétique…

  • … comme la construction des lignes haute-tension l’avait été pour transporter l’électricité au début du XXème siècle ;
  • … comme la construction des routes et autoroutes l’avait été au milieu du XXème siècle pour soutenir le développement de l’usage automobile et raccourcir les temps de déplacement.

Ces mutations du passé ont constitué (et constituent encore) un impact certain sur l’environnement (faune, et flore) et sur les populations (nuisances visuelles et sonores et impact sur la santé notamment) mais elles ont été, à une époque donnée, considérées comme nécessaires pour répondre aux enjeux de société (se déplacer, consommer, échanger). Ainsi, il ne s’agit pas de nier l’impact réel de l’éolien, sur les paysages notamment, mais de considérer l’éolien comme une activité industrielle nécessaire de la transition énergétique en cours, car mature, compétitif et à relativement faible impact environnemental.

Pour cela, les autorités françaises doivent concourir à changer le paradigme sur l’éolien :

  • en lançant une grande campagne de communication auprès des populations pour affirmer d’une part la nécessité du développement des énergies renouvelables et d’autre part la maitrise croissance des impacts du développement de ces énergies, en mettant notamment à disposition en toute transparence toutes les informations disponibles (techniques, environnementales, …) sur les projets développés en France.
  • en encourageant fortement l’implication des acteurs locaux (populations, collectivités, entreprises) dans le développement des projets éoliens sur leur territoire, via notamment un renforcement des critères du « bonus participatif » dans les appels d’offres (actuellement trop limités), et en favorisant la création de fonds d’investissement régionaux citoyens pour amorcer les projets.
  • en re-questionnant les priorités en termes d’aménagement du territoire, à l’échelle locale (où une réappropriation par les collectivités des enjeux énergétiques est primordiale) comme nationale (où par exemple des espaces aujourd’hui réservés à la Défense pourraient, en concertation avec les services d’Etat concernés, être libérés au profit du développement de l’éolien).
  • en pariant sur l’éolien en mer (posé et flottant), qui permettra de limiter les problématiques d’acceptabilité locale tout en maximisant les retombées socio-économiques (l’écosystème industriel français étant assez bien représenté dans la filière éolien en mer). L’intensification des projets ne pourra se faire que par la mise en œuvre d’un calendrier d’appels d’offres et par un transfert de responsabilité vers l’Etat pour les études amont.
  • en donnant aux services centraux et déconcentrés de l’Etat les moyens d’accélérer le traitement administratif des dossiers éoliens (terrestre et en mer) et le traitement juridique des contentieux.

 

[1] : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sebastien-lecornu-installe-groupe-travail-eolien-dans-cadre-conference-nationale-des-territoires

[2] : Etude ADEME « Bilan, Perspective et Stratégie de la filière éolienne française », réalisée en 2016-2017 par I Care & Consult : http://www.ademe.fr/etude-filiere-eolienne-francaise-bilan-prospective-strategie

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I Care & Consult, cabinet de référence sur les analyses technico-économiques des filières énergétiques [quelques références I Care] :

 Etude ADEME « Bilan, Prospective et Stratégie de la filière éolienne française », 2017

à http://www.ademe.fr/etude-filiere-eolienne-francaise-bilan-prospective-strategie

  • Etude ENERPLAN/ADEME « Compétitivité et retombées de la filière solaire française », 2017

à http://www.enerplan.asso.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1802&Itemid=252

  • Etude ADEME « Bilan, Prospective et Stratégie de la filière photovoltaïque française », 2015

à http://www.ademe.fr/etude-technico-economique-filiere-photovoltaique-francaise-bilan-perspectives-strategie

  • Etude ADEME « Opportunité de l’économie circulaire dans le secteur de l’éolien », 2015

à http://www.ademe.fr/opportunite-leconomie-circulaire-secteur-leolien

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