Environnement et Stratégie
Réussir la transition environnementale

L’inquiétante trajectoire du numérique mondial : synthèse de l’étude de GreenIT

Il est vrai que le secteur du numérique est souvent vanté pour son potentiel dans la lutte contre le changement climatique (efficacité énergétique, smart cities…). Pourtant, les alertes sur l’impact environnemental de ce secteur qu’on imagine bien trop souvent complètement « dématérialisé » se font de plus en plus régulières. Après le rapport du Shift Project [2] « Lean ICT-Pour une sobriété numérique » sorti en décembre 2018, GreenIT (communauté qui fédère des acteurs du numérique responsable) publiait fin octobre une nouvelle étude sur la quantification de l’empreinte environnementale du numérique mondial et son évolution entre 2010 et 2025. Cette nouvelle étude se base sur une méthodologie d’analyse de cycle de vie (ACV) en regardant quatre indicateurs environnementaux : les émissions de gaz à effet de serre (GES), la consommation d’énergie primaire, la consommation d’eau et l’épuisement des ressources abiotiques (ressources naturelles non renouvelables). A ces quatre indicateurs est parfois ajoutée la consommation électrique (énergie finale) à titre indicatif.

1. L’empreinte environnementale du numérique actuelle est déjà significative

En effet, l’étude souligne que suivant l’indicateur regardé, si le numérique était un pays, il aurait entre 2 et 3 fois l’empreinte environnementale de la France, on est donc loin de l’image « dématérialisée » du numérique. A titre d’exemple, l’étude montre que « l’univers numérique » pèse 223 millions de tonnes, cela correspond à 5 fois le poids du parc automobile français.

2. La cause principale de l’empreinte environnementale du numérique : la fabrication des équipements plus que leur utilisation

L’étude divise le secteur du numérique en trois catégories : les utilisateurs (les équipements informatiques types smartphones, TVs, ordinateurs etc), les réseaux et les centres informatiques (les fameux « data centers »). Parmi ces trois catégories, il est important de garder en tête que ce sont les équipements des utilisateurs qui représentent la majorité des impacts : entre environ 60% et 80% du total suivant l’indicateur environnemental analysé.

Dans la catégorie « utilisateurs », l’étude de GreenIT insiste sur le fait que la principale source des impacts environnementaux est incontestablement la fabrication des équipements. Si l’on prend l’exemple des émissions de GES, la fabrication des équipements des utilisateurs compte pour 60% de leur bilan carbone contre 40% au niveau de leur utilisation.

L’impact environnemental de la fabrication des équipements est notamment dû à leur nombre impressionnant : actuellement, 34 milliards d’équipement ont déjà été fabriqués (pour 4,1 milliards d’utilisateurs). Fait encore plus préoccupant : GreenIT prévoit une croissance de ces équipements pour atteindre 68 milliards en 2025. Derrière cette croissance importante se cache le phénomène de fabrication exponentielle d’objets connectés. En passant de 1 milliard en 2010 à 48 milliards en 2025, le nombre d’objets connectés va constituer le principal moteur de la croissance des équipements des utilisateurs et donc de leurs impacts sur l’environnement.

Tout indicateur confondu, l’étape de fabrication des équipements utilisateurs est toujours la principale source unitaire d’impacts, suivie par leur consommation électrique. On note ensuite systématiquement, par ordre décroissant d’importance, la consommation électrique du réseau, puis la consommation électrique des data centers et enfin la fabrication des équipements hébergés par les data centers (serveurs etc).

3. Une évolution préoccupante de l’univers numérique de 2010 à 2025

Si les équipements informatiques connaissent une croissance « inédite tant par son ampleur que par sa rapidité », d’autres tendances participent également à l’augmentation de l’empreinte environnementale du numérique telles que :

  • Le doublement de la taille des écrans (télévisions notamment) entre 2010 et 2025 ;
  • Le tassement des gains en matière d’efficience énergétique ;
  • L’équipement des pays émergents dont le kWh électrique est souvent plus impactant que celui des pays occidentaux.

4. Recommandations pour une sobriété numérique

L’étude de GreenIT propose finalement quelques mesures simples permettant de réduire l’empreinte environnementale du numérique mondial à l’horizon 2030 :

  • Réduire le nombre d’objets connectés en favorisant leur mutualisation et leur substitution et en ouvrant leurs APIs (interfaces de programmation qui servent notamment à échanger des données entre l’objet connecté et les serveurs du fabricant ou de ses partenaires).
  • Réduire le nombre d’écrans plats en les remplaçant par d’autres dispositifs d’affichage : lunettes de réalité augmentée / virtuelle, vidéo projecteurs LED, etc.
  • Augmenter la durée de vie des équipements en allongeant la durée de garantie légale, en favorisant le réemploi, et en luttant contre certaines formules d’abonnement.
  • Réduire les besoins des services numériques via leur écoconception.

Alors que la route vers un « numérique frugal » semble encore longue, il est essentiel de montrer que l’engagement dans cette voie comporte de nombreux avantages pour les acteurs privés comme publics (réduction des coûts, meilleure image…). Les mesures de sobriété numérique peuvent ainsi nous aider à atteindre nos objectifs environnementaux ambitieux tout en constituant des axes de compétitivité et d’innovation pour la France [3].

Sources :

[1] https://www.greenit.fr/wp-content/uploads/2019/10/2019-10-GREENIT-etude_EENM-rapport-accessible.VF_.pdf

[2] https://theshiftproject.org/article/pour-une-sobriete-numerique-rapport-shift/

[3] https://business.lesechos.fr/directions-numeriques/digital/transformation-digitale/0600977911837-l-ecoconception-des-services-numeriques-comme-filiere-d-excellence-328383.php


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