Que pouvons-nous attendre de la COP26 ?

Ce dimanche 31 octobre a vu s’ouvrir la première semaine de négociation de la 26ème Conférence des Parties (COP26) entre les 197 pays signataires de la Convention de Rio (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques). Après la publication du sixième rapport d’évaluation du GIEC en août (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), et des présentations des scénarios énergétiques de RTE et négaWatt pour 2050, la COP26 représente un véritable enjeu de passage à l’action pour les Etats. Quels sont les grands objectifs de ces négociations ?

Garantir un taux net de zéro d’ici le milieu du siècle et maintenir le seuil de 1,5 degré à portée de main

Le premier objectif des discussions est de sécuriser la limite de réchauffement planétaire à 1,5°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle en récoltant les différentes feuilles de route des Etats. Dans le dialecte onusien, ces feuilles de routes sont appelées « Contribution Déterminée au niveau National » (CDN) et définissent pour chaque État les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à atteindre pour 2030. Selon les engagements pris lors de l’Accord de Paris, les CDN doivent être revues tous les 5 ans avec des objectifs plus ambitieux que ceux pris dans le round précédent. Pour ce premier tour, ces nouvelles CDNs auraient dû être soumises à l’ONU avant le mois de mars 2020. Cependant, à ce jour, seuls 121 pays, qui représentent actuellement environ la moitié des émissions mondiales, ont soumis leurs nouvelles CDNs. De grands pays émetteurs comme la Chine ou l’Inde manquent encore à l’appel. Les enjeux ici sont très importants. Le dernier rapport du PNUD montre que les engagements actuels nous conduisent vers un réchauffement de +2,7°C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère pré industrielle.

Effet des contributions déterminées au niveau national, nouvelles ou mises à jour, sur les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport aux précédentes contributions déterminées au niveau national Source : Gap Report 2021

La COP26 pourrait être le lieu d’annonce de nouveaux engagements plus ambitieux comme cela a été le cas pour l’Inde ce 1er novembre qui annonce un objectif de neutralité carbone pour 2070.

Mobiliser des fonds

Le deuxième objectif est celui du financement des politiques climatiques. A la COP15 de Copenhague, les pays développés ont promis aux pays en développement l’apport de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 afin de répondre aux défis du changement climatique. Selon l’OCDE, les financements alloués en 2019 par les pays du Nord et les banques de développement étaient de l’ordre de 80 milliards de dollars. Selon leurs estimations, l’atteinte des 100 milliards prévus ne devrait pas avoir lieu avant 2023. Les conditions du débat sont très tendues dans un contexte où les conséquences du changement climatique se font de plus en plus sentir, notamment dans des pays qui sont peu responsables du changement climatique. Cette situation s’inscrit par ailleurs dans un contexte de crise sanitaire où les relations de confiance entre les pays développés et les pays en développement sont mises à mal par des promesses de livraison de vaccins non tenues.

Travailler ensemble pour livrer

Un autre point d’achoppement important concerne la mise en application de l’article 6 de  l’Accord de Paris sur la mise en place d’un cadre réglementaire pour un marché du carbone entre Etats. L’objectif est de permettre aux pays qui émettent trop de gaz à effet de serre par rapport à leur CDN d’acheter des crédits carbone à des pays qui en émettent moins que ce qui est prévu dans leur CDN. L’objectif est également de créer un marché du carbone international, sous l’égide de l’ONU, accessible à la fois aux acteurs privés comme aux acteurs publics, afin d’y échanger des crédits carbone. La crainte, notamment dans les pays du Sud, est d’autoriser de facto les acteurs les plus riches à polluer et à miser sur la compensation carbone plutôt que sur la réduction des émissions. Une troisième ambition de l’article 6 était également de créer un cadre de coopération internationale de lutte contre le changement climatique entre les pays, non-basé sur le marché mais plutôt sur des mécanismes d’aide internationale. La COP26 a pour objectif d’opérationnaliser l’ensemble de ces dispositifs alors même que les COP de Katowice et de Madrid n’ont pas permis aux négociateurs de se mettre d’accord sur ce point. Les débats se concentrent surtout autour de la question du double comptage des émissions évitées, l’enjeu étant de savoir qui du pays où est réalisé l’émission, ou du pays qui achète le crédit carbone, peut utiliser cette réduction pour juger de son adéquation avec ses CDN. Le Brésil souhaite notamment pouvoir vendre ses crédits carbone tout en les comptabilisant pour ses propres CDNs. La question est aussi de savoir comment intégrer les crédits issus des projets du protocole de Kyoto dans ce nouveau système.

S’adapter pour protéger les communautés et les habitats naturels

Bien que le sujet de l’atténuation occupe l’attention, l’adaptation aux effets du changement climatique est également un objectif affiché par la présidence britannique avec la mise en avant des solutions fondées sur la nature. Comme nous le rappelle le dernier rapport du groupe de travail 1 (aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat) du GIEC ou encore les impacts de plus en plus tangibles des catastrophes climatiques, le sujet de l’adaptation est une question centrale pour laquelle il est difficile d’évaluer les progrès, voire même de définir un objectif mesurable commun.

Sommet de la dernière chance pour les uns, échec probable pour les autres, la COP26 est l’occasion pour les gouvernements d’organiser des avancées concrètes en termes de lutte contre le changement climatique, en écho à leurs diverses déclarations proférées en amont de la conférence, durant le G20 du weekend du 30-31 octobre qui a eu lieu à Rome en Italie. Une COP26 ambitieuse et qui répondrait aux différents défis énoncés précédemment serait un signal fort pour la société civile et les acteurs économiques, parties prenantes qui sont ensuite les rouages de la mise en œuvre de la transition bas carbone et énergétique au niveau national. En effet, quand bien même les négociations climatiques internationales sont indispensables pour fixer un cadre dans lequel évoluer, les effets de ces négociations ne se feront sentir que si les pays et les différents acteurs les traduisent par des politiques territoriales et des stratégies d’entreprises concrètes. Rendez-vous dans deux semaines pour analyser les décisions prises durant ces semaines intenses de négociations et pour essayer de mesurer l’impulsion qu’elles peuvent avoir sur l’ensemble des acteurs, privés, publics ou financiers !

 

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