Insight | Mettre la durabilité au cœur de son modèle d’affaires #2

Insight | Mettre la durabilité au cœur de son modèle d’affaires #2
Posté par :
Léo Génin Léo Génin
Sarah Dayan Sarah Dayan
Camille Levarlet Camille Levarlet

CHEMIN #2 – Opter pour un modèle durable suppose de créer les conditions d’adoption de nouveaux réflexes de consommation.

 

Les intentions de consommation face à la réalité

Si des modes de production plus vertueux constituent un préalable indispensable, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à faire basculer les consommateurs vers des offres durables. L’enjeu est aussi de rendre ces offres compréhensibles, accessibles et désirables au moment de l’achat. 

Les enquêtes convergent : un écart persiste entre l’intention de consommer plus durablement et le passage à l’acte. Dans les faits, la volonté de réduire l’impact de sa consommation se heurte souvent à un critère décisif : le prix.

8 Français sur 10 estiment que la crise climatique oblige à revoir nos modes de vie et de consommation, mais 1 personne sur 2 déclare que le prix attractif est le principal déclencheur d’achat en cas d’hésitation (Baromètre GreenFlex-ADEME, juin 2025). Le contexte économique actuel marqué par l’inflation a d’autant plus replacé le prix au centre des arbitrages d’achat.

 

Passer d’une sobriété perçue comme une contrainte à une sobriété vécue comme un avantage 

Rendre la sobriété plus attractive et plus accessible financièrement devient donc un levier essentiel pour diffuser les comportements d’achat durables. Plusieurs entreprises expérimentent déjà des dispositifs concrets : récompenser les pratiques sobres via des offres dédiées, ou orienter les choix d’achat vers des produits plus responsables grâce à des remises ciblées.

 

Octopus Energy France : rémunérer la sobriété au moment où elle a le plus de valeur

Filiale de la société britannique, Octopus Energy, Octopus Energy France est le cinquième fournisseur d’électricité et de gaz français, avec plus de 600 000 clients et 697 millions de CA en 2025.  

En hiver, le réseau électrique français absorbe des pics de demande couverts par des moyens de production pouvant être plus carbonés, avec notamment la mobilisation ponctuelle du parc thermique à flamme (notamment les centrales à gaz). Réduire la consommation à ces moments précis a donc une valeur économique et environnementale mesurable.  

Les « Éco-Sessions » d’Octopus Energy alertent la veille les clients volontaires et les invitent à réduire leur consommation sur des créneaux ciblés (8h-13h et 18h-20h) ; l’écart mesuré avec une journée normale est converti en euros crédités sur leur cagnotte. Le dispositif est prolongé au printemps et en été par les « Heures-Bonus », qui récompensent cette fois-ci le déplacement de la consommation vers les heures d’abondance d’électricité renouvelable.

Enseignement clé : l’incitation fonctionne parce qu’elle est mesurée, individualisée et immédiate. Adosser la récompense à une donnée objective transforme un discours de sobriété en contrat clair. Point de vigilance : sans infrastructure de mesure fiable et sans communication très en amont, l’effort demandé peut être vécu comme une contrainte subie.

 

TeleCoop : inverser le modèle économique d’un opérateur télécom 

Fondé en 2020, TeleCoop est une coopérative (SCIC) et un opérateur téléphonique promouvant la sobriété numérique auprès de ses 12 000 abonnés.

Traditionnellement, le marché mobile repose sur une logique peu compatible avec la sobriété : proposer toujours plus de données pour un prix comparable, indépendamment de l’usage réel, alors même que les réseaux, les terminaux et les usages numériques contribuent à l’empreinte environnementale du secteur. 

Cette coopérative française a construit un forfait dégressif dont le prix baisse avec la consommation réelle : le forfait « Engagé » plafonne à 20 € pour 80 Go et tombe à 18 €, 16 € puis 14 € selon les paliers d’usage ; le forfait « Sobriété » démarre à 10 €, facturé 2 € le Go entamé. La logique commerciale de l’opérateur n’est donc plus de faire consommer davantage.  

La coopérative revendique une consommation moyenne de ses clients de 2,43 Go par mois, très en deçà de la moyenne nationale française d’environ 16,5 Go (TeleCoop / Generation-NT, septembre 2025).

Enseignement clé : découpler le chiffre d’affaires du volume consommé est la forme la plus aboutie de ce levier, et la plus exigeante : elle impose de reconstruire l’équation économique (marge par abonné, coût d’acquisition, taille de marché) et de viser d’abord un segment de clientèle spécifique avant d’élargir, plutôt que de convertir le marché de masse d’emblée.

 

Helios : faire du moyen de paiement un outil d’orientation des achats

La néo-banque verte Helios, qui investit depuis 2020 uniquement dans des projets servant la transition écologique, comptabilise plus de 23 000 comptes ouverts en France. Elle accompagne également ses clients vers des choix d’achats plus vertueux. 

Les deux frictions de l’achat responsable sont souvent d’identifier les enseignes réellement engagées, et d’accepter un prix qui peut être supérieur. Helios a développé le programme de fidélité éco-responsable « Tous consom’acteurs », qui crédite automatiquement des remises sur le compte du client après chaque paiement dans une enseigne éligible. Ces enseignes sont sélectionnées en fonction de leur score à la charte du programme « Tous consom’acteurs », qui évalue notamment la part de matériaux durables utilisés (plus de 80 %), la transparence des processus de fabrication ou l’obtention de labels reconnus. Parmi elles figurent Jean Fourche, La Ruche qui dit Oui et WeDressFair. 

Enseignement clé : l’automatisation des remises permet de favoriser un arbitrage favorable dans le choix de consommation, sans étapes supplémentaires à remplir. Cependant, il faut garder une certaine vigilance sur la sélectivité du réseau partenaire, seul rempart contre un dévoiement du dispositif et l’accusation de greenwashing.

 

Green Got : utiliser le « cashback » pour attirer les consommateurs vers les enseignes plus durables

La fintech Green Got a pour mission d’orienter les flux financiers vers la transition écologique et la décarbonation. Fondée en 2020 et comptant plus de 150 000 clients en France et en Belgique, elle gère plus de 100 millions d’euros de transactions mensuellement. Afin d’encourager les choix de consommation plus durables, elle assure pour ses clients Premium le remboursement d’une part du montant des achats chez certains partenaires comme SNCF Connect, Biocoop ou Greengo. Le compte permet également d’obtenir des réductions et promotions chez d’autres enseignes partenaires comme La Fourche, +Babbel, Joone ou Electra (de 1 à 11% de cashback et différents niveaux de remises).

Enseignement clé : le cashback traduit l’engagement en pouvoir d’achat immédiat, à deux conditions : un réseau assez large pour couvrir des dépenses récurrentes, et une remise équilibrée n’impactant pas le modèle d’affaires.

 

Ce que nous montrent ces exemples

Ces exemples montrent que, pour massifier les comportements d’achats responsables, la sobriété ne peut pas être présentée uniquement comme un renoncement, elle doit être guidée et encouragée via des mécanismes tels que :

  • L’incitation financière directe (réduction du prix de l’abonnement, cagnotte, remises automatiques) rend l’achat responsable plus accessible et transforme la contrainte écologique en bénéfice concret pour le consommateur.
  • La fluidité du parcours client — identification automatique des paiements éligibles, tarification dégressive selon l’usage réel ou récompense sans démarche supplémentaire — permet de lever les freins à l’adoption. La consommation durable devient plus désirable lorsqu’elle s’intègre naturellement dans les usages existants.
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