Insight | Combien coûte la transition ? Décryptage de la modélisation financière du Plan Climat Air Energie de la métropole de Grenoble

Insight | Combien coûte la transition ? Décryptage de la modélisation financière du Plan Climat Air Energie de la métropole de Grenoble
Posté par :
Guillaume Bonnentien Guillaume Bonnentien

Introduction

Engagée dans la lutte contre le changement climatique depuis 2005, Grenoble-Alpes Métropole a depuis régulièrement revu à la hausse ses objectifs et l’ambition de son plan d’actions. Les plans climat air énergie successifs adoptés par la Métropole ont permis d’affirmer l’ambition du territoire en matière de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et de polluants atmosphériques. Le nouveau projet de plan permet de rehausser significativement les objectifs, au-delà des objectifs nationaux et européens connus à jour, en se dotant d’une stratégie à court, moyen et long termes (2030, 2035, 2050). Entre 2024 et 2025, I Care by BearingPoint a accompagné la Métropole de Grenoble dans l’élaboration de son projet de révision du Plan Climat Air Energie territorial pour la période 2026-2032. Après un travail de modélisation des émissions de gaz à effet de serre du territoire et des impacts des principaux leviers de décarbonation activés, I Care a plus particulièrement accompagné la Métropole dans le chiffrage financier des coûts attendus à horizon 2030 et 2050 en lien avec la mise en œuvre du plan, ainsi que dans l’analyse socio-économique associée (répartition des coûts par acteurs et prise en compte de la redistribution).  

 

Les objectifs poursuivis lors de ces travaux d’évaluation financière ont été les suivants :  

  • Disposer d’une estimation financière globale et multi-acteurs des coûts associés aux principaux leviers de décarbonation du territoire ; 
  • Décomposer les coûts selon les parties prenantes qui les portent et analyser la répartition globale selon quelques typologies d’acteurs ; 
  • Tenir compte des aides existantes pour accompagner les investissements nécessaires : apprécier la dimension corrective des aides et les freins économiques principaux ; 
  • Concevoir un outil Excel sur mesure, à la fois pédagogique et ergonomique, permettant de produire ces estimations financières en faisant jouer différents paramètres (objectifs visés par les acteurs du territoire métropolitains, prix de l’énergie, adaptation avec des coûts locaux …). 

 

Chiffrer financièrement le coût de sa transition : une vision nécessaire pour le passage à l’action  

L’évaluation financière des actions de décarbonation constitue un levier déterminant pour transformer les ambitions climatiques d’une collectivité en décisions opérationnelles.  

Le dimensionnement des coûts associés aux actions de transition, exprimés en euros et projetés sur un horizon de temps défini, livre tout d’abord une vision concrète des efforts à consentir. En objectivant les besoins d’investissements, ce type de travaux permet d’alimenter l’analyse de cohérence entre la stratégie financière et la stratégie climatique pour le territoire et ainsi d’outiller l’arbitrage politique et budgétaire.  

En pratique, l’évaluation financière permet d’identifier les grandes masses d’investissements à prévoir à court et moyen terme, tout en mettant en regard les économies potentielles pouvant être réalisées en fonctionnement – par exemple via un allègement de la facture énergétique grâce au moindre recours aux énergies fossiles aux prix volatile. Ces travaux mettent en évidence l’existence d’un point d’inflexion à partir duquel les économies générées viennent compenser les investissements initiaux. 

Cette approche contribue également à interroger la soutenabilité et l’acceptabilité des actions de transition envisagées. En effet, en analysant la répartition des coûts et des gains obtenus selon les parties prenantes (qui sont les financeurs de ces actions ? ; qui en sont les bénéficiaires ?), elle apporte un éclairage sur l’effet des dispositifs dont la vocation est de garantir le financement d’une transition juste.  

Enfin, les initiatives de chiffrage financier des actions de transition se multiplient et gagnent en robustesse. Portées par des retours d’expérience de plus en plus nombreux et par des publications de référence telles que celles d’I4CE [1], les méthodologies sont désormais bien établies sur les enjeux d’atténuation et se structurent progressivement sur la question du coût des actions d’adaptation au changement climatique. 

La modélisation financière du Plan Climat Air Energie de la métropole de Grenoble : une approche novatrice et exploratoire  

Les travaux de modélisation financière menés par I Care pour la Métropole de Grenoble s’inscrivent dans une démarche volontaire, coconstruite avec les équipes de la collectivité. L’objectif était d’aboutir à un chiffrage global du coût de mise en œuvre de plusieurs actions de décarbonation inscrites au Plan Climat Air Énergie Territorial 2026-2032, afin d’éclairer les décisions futures en matière de financement et déploiement. Cette démarche repose sur une approche innovante et exploratoire, dans un contexte où les exercices de modélisation financière à l’échelle territoriale restent encore émergents.  

Typologie des actions chiffrées  

Adossé aux travaux existants de modélisation territoriale des émissions de gaz à effet de serre et des trajectoires de réduction associées, le chiffrage a porté sur les principaux leviers de décarbonation. Les actions d’adaptation au changement climatique, bien qu’inscrites dans le Plan Climat Air Énergie, n’ont ainsi pas été intégrées dans le périmètre de cette première estimation territoriale, les méthodologies sur les coûts prospectifs de l’adaptation étant encore embryonnaires 

Périmètre 

Quatre grands secteurs ont été considérés – bâtiment, transports, déchets et énergie – à travers les actions présentées en figure 1. Un périmètre volontairement large a été retenu afin d’explorer la disponibilité et la robustesse des données mobilisables, tout en permettant à la métropole d’identifier les priorités de financement par secteur et par type d’acteur. Ce choix d’une déclinaison par secteur assure également une cohérence avec les outils de modélisation GES existants, développés sur ces mêmes secteurs. Cette double approche des impacts environnementaux – via les émissions de GES – et des impacts socio-économiques – via les coûts – constitue d’ailleurs l’originalité et la plus-value de la démarche.  

Figure 1 : Périmètre des actions de décarbonation considérées dans la modélisation financière conduite pour la Métropole de Grenoble 

 

Le chiffrage s’est attaché à estimer le « coût de la transition » avec une prise en compte du « coût total » des actions, afin de donner à voir les montants globaux à consentir pour atteindre les objectifs de décarbonation du territoire. Cette approche se distingue d’autres initiatives, telles que celle menée par la Ville de Paris en lien avec l’OFCE [2], qui privilégient un chiffrage en coût relatif, en évaluant uniquement les efforts financiers supplémentaires nécessaires par rapport à une trajectoire tendancielle.  

Source des données  

La méthode a consisté à utiliser des ratios de coûts, au possible locaux, ou à défaut issus de travaux de référence nationaux. Sur certaines briques (éclairage public, transports en commun, politique cyclable), des chiffrages existants prospectifs ou des dépenses programmées ont été intégrés pour améliorer la précision. 

Horizon temporel 

La dimension prospective constitue un élément central de la démarche : les coûts ont été estimés à horizon 2030 et 2050, puis annualisés sur ces périodes. 

Répartition des coûts  

S’il est utile de produire un chiffrage global associé au déploiement des actions, il est également nécessaire d’avoir une vision de la répartition des coûts selon les parties prenantes. 3 grandes typologies ont été définies (acteurs publics, acteurs privés, ménages), avec des découpages plus fins pour chaque secteur (Grenoble Alpes Métropole, Etat, bailleurs sociaux, tertiaire public, tertiaire privé, SNCF). À titre d’exemple, le coût de la rénovation d’un logement individuel peut être ventilé selon les aides à la rénovation portées par l’Etat (aides ANAH), les aides locales portées par la métropole et/ou les communes, et le reste à charge supporté par le propriétaire du logement.

 

Ancrer les outils dans la durée : l’appropriation et l’enrichissement des travaux par les services de la Métropole 

Les travaux ont été menés en étroite collaboration avec les services de la Métropole et en particulier avec Ylva Brasjo, chargée de mission ”100 villes climatiquement neutres” et Benoit Amiot, chargé de mission et études Plan Climat. 

 

Témoignage de Benoit Amiot, chargé d’études Plan Climat GAM 

Bien que plusieurs exercices de chiffrage financiers prospectifs aient été menés ces dernières années sur Grenoble Alpes Métropole (étude Neutralité Carbone, 100 villes climatiquement neutres), il était important de renouveler l’exercice afin d’obtenir une estimation au plus près de l’ambition du nouveau plan climat et parfaitement articulé sur les trajectoires. Dans l’esprit d’un plan climat territorial dans lequel chaque acteur est invité à contribuer, il est nécessaire de porter à connaissance des élus ou des partenaires, les bons ordres de grandeurs concernant les investissements à effectuer par les ménages, les acteurs publics ou encore les acteurs privés, afin d’aider à la décision en vue des priorisations budgétaires à venir. Au delà de l’investissement, l’intention était aussi d’expliciter certaines dépenses de fonctionnement induites notamment les économies sur la facture énergétique, générées par la décarbonation. 

 

Nous avons rapidement fait le constat du caractère exploratoire de l’exercice, en l’absence de méthodologie nationale de référence concernant les estimations financières territoriales de la transition. Bien que s’inspirant des études et méthodologies les plus récentes, il a été nécessaire d’avancer avec certains choix pragmatiques sur le périmètre, adaptés au territoire et d’assumer la prise de certaines hypothèses parfois à forte incidence sur les résultats. L’accompagnement d’I Care a été particulièrement précieux afin d’adapter le chiffrage avec réactivité, au gré des remarques des instances de validation du PCAET. 

 

Ce travail nous a indéniablement fait monter en compétence sur les prospectives financières et nous a amené à nous poser certaines questions structurantes : „quels sont les coûts réellement dépendants de la mise en oeuvre du PCAET ?”, „doit-on raisonner en coût total ou en surcoûts ?”, ou encore „comment se positionner sur l’évolution prospective des prix des énergies ?”. 

 

Ce type de prospectives ne peut pas répondre à certaines questions, comme par exemple la rentabilité du plan climat ou le temps de retour sur investissement de certains leviers (difficulté à estimer les coûts de fonctionnement dans leur globalité). Il s’agit pour autant d’une base solide, forte de quelques certitudes sur les investissements, utile pour merner des analyses plus précises au niveau de certains secteurs. Le travail a également permis d’alimenter certaines fiches actions du nouveau programme d’action du plan climat en cours de révision. 

 

L’enjeu actuel est de partager ce travail à l’interne et à l’externe à certains experts, afin d’identifier les points forts et point faibles de l’exercice. Il s’agit d’affirmer certains choix méthodologiques ou d’effectuer quelques améliorations. Au delà de l’atténuation au changement, la suite consistera à lancer des travaux sur les coûts de l’adaption au changement climatique, de l’inadaptation et de chiffrer les cobénéfices des actions d’atténuation.”

 

Conclusion 

Les travaux menés avec la Métropole de Grenoble illustrent l’intérêt d’une approche intégrée combinant modélisation des trajectoires d’émissions de gaz à effets de serre (GES) et analyse financière des actions de décarbonation, offrant ainsi une double lecture des impacts environnementaux et des implications économiques du Plan Climat Air Énergie Territorial.  

Cette démarche a mis en évidence la valeur d’un chiffrage global des objectifs de transition pour objectiver les besoins d’investissements du territoire, analyser l’effet des investissements sur les coûts de fonctionnement et éclairer la soutenabilité et l’équité de la transition. Il convient néanmoins de souligner, comme pour tout exercice de mobilisation, des choix méthodologiques et de la sensibilité de certains paramètres tels que les hypothèses de prix futurs de l’énergie, par nature volatiles. Il est intéressant de noter que dans un contexte de renchérissement probable des énergies fossiles, les retours sur investissement observés à l’usage pourraient s’accélérer, renforçant ainsi l’argumentaire en faveur de la réduction de la dépendance aux énergies fossiles et de la résilience des territoires face aux chocs énergétiques, avec des points d’inflexion plus ou moins rapprochés selon les choix engagés.

 

Vous souhaitez en savoir plus sur le chiffrage financier des plans de transition ? Contactez Guillaume Bonnentien 

 

Auteurs :  

  • Valentine ROLE, Consultante I Care by BearingPoint  
  • Léna DELUGIN, Manager I Care by BearingPoint 
  • Guillaume BONNENTIEN, Senior Manager I Care by BearingPoint 
  • Ylva BRASJO, Chargée de mission « 100 Villes climatiquement neutres », Grenoble Alpes Métropole 
  • Benoît AMIOT, Chargé de mission études Plan Climat, Grenoble Alpes Métropole 
  • William MEUNIER, Chef du Service Climat et Environnement, Grenoble Alpes Métropole 

 

Références  

[1] PPI aligné climat : une méthode à disposition des collectivités pour aligner leur Plan Pluriannuel d’Investissement avec leurs objectifs climat – I4CE 

[2] La transition climatique sur le territoire parisien. Impacts financiers et bénéfices associés. 

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